Les qualités
de l'eau rituellement pure et purifiante
Il existe deux
formes de purification : la purification humide par l'eau ou la purification
sèche par la terre. La première est le principe « ....et
du ciel, Il fit descendre de l'eau sur vous afin de vous en purifier, d'écarter
de vous la souillure du Diable, de renforcer les coeurs et d'en raffermir
les pas » (Sourate Al-Anfal, verset 11) ; tandis que la seconde
fait figure d'exception : « ... et que vous ne trouviez pas d'eau,
alors recourez à une terre pure » (Sourate An-Nisâ,
verset 43). C'est en principe par l'eau que l'on enlève les impuretés
du corps, des vêtements et de notre environnement de prière
(tahâratoul khabath). C'est également avec l'eau que l'on accomplit
l'ablution mineure ou djapp, l'ablution majeure ou bain rituel (sanghou sett)
en cas de survenance d'une des causes personnelles mettant l'individu en état
d'impureté (tahâratoul hadath). D'où l'intérêt
de connaître :
- les qualités de l'eau considérée
d'un point de vue rituel, comme pure et à même de de purifier
;
- les éléments ou substances nuisibles à la
qualité de l'eau ;
- l'eau dont l'usage est blâmé.
I- Les qualités
de l'eau rituellement pure et purifiante
« Nous
fîmes descendre du ciel une eau pure et purifiante » révèle
le Saint Coran (Sourate Al-Furqâne, verset 48). L'eau rituellement
pure est l'eau dans son sens absolu, à savoir ce qui, à juste
titre, porte ce nom sans restriction. Un exemple de restriction est constitué par
l'eau de rose qui ne saurait donc être considérée
comme une eau rituellement pure.
L'eau rituellement
pure est comme son nom l'indique une eau pure restée en l'état
c'est-à-dire une eau qui n'a été altérée
par aucun corps pur ou impur, dans son odeur, son goût ou sa couleur.
Sont ainsi considérées comme pures l'eau de Zam Zam, les eaux
de puits, de source, de rivière, de marigot, de lac, de fleuve, de
mer de même que l'eau recueillie sous forme de rosée, l'eau
liquéfiée après avoir été à l'état
solide (neige, glace). En conséquence, l'eau perd sa pureté lorsqu'elle
est altérée, en sa couleur, son goût ou son odeur, par
le fait d'une substance pure ou impure qui en général, en est
séparée telle que la graisse mélangée à l'eau
ou la vapeur de mastic.
Toutefois, il est important de relever que certaines formes d'altération
ne changent en rien la qualité de l'eau rituellement pure. Ainsi reste
pure :
- une eau altérée par ce qui est né d'elle,
comme la mousse, le sol ou le sel. L'eau de mer tout salée qu'elle
est, pure et purifiante conformément au hadith du Prophète
(PSL) : « Pure est son eau, licite l'animal marin qui y est
trouvé mort » (Rapporté par Boukhari et Mouslim)
;
- une eau altérée par ce qui y a été jeté même à dessein,
en fait par terre. Cependant selon certains auteurs, le jet de sel à dessein
dans l'eau lui enlève son état de pureté ;
- une eau mélangée avec une substance pure
comme du savon, du safran ou de la poudre reste pure tant qu'elle reste
en l'état. Toutefois si elle perd sa qualité d'eau pure
au sens absolu, elle reste pure en soi mais elle n'est plus purifiante
;
- l'eau dont l'odeur a changé au moyen d'une substance
voisine, même s'il s'agit d'une substance grasse adhérente,
mais à sa seule surface ;
- l'eau dont l'odeur a été altérée
par celle du goudron du récipient du voyageur ;
- une eau abondante, même mélangée à une
substance impure qui ne l'a pas altérée ;
- une eau au sujet de laquelle on doute que l'agent altérateur
ait nuit à son état de pureté. Cependant, on accepte
dans ce cas le renseignement venant d'une seule personne, touchant le
doute au sujet de la pureté d'une eau donnée, si elle en
expose le motif (de la pureté ou de l'impureté) ou si elle
est du même rite que celui qui doute. Dans le cas contraire, il
est préférable de s'abstenir d'utiliser cette eau.
A ces situations,
on assimile les cas dans lesquels l'eau a été utilisée
pour boire ou pour se purifier. Reste donc rituellement pure :
- une eau qui reste après qu'une menstruante ou
une personne en état d'impureté majeure (djanâba)
ou un animal en a bu. Sont en effet purs les restes de tout être
humain quelle que soit sa croyance ; les restes de tout animal dont la
consommation est licite ; les restes des ânes, mulets, animaux
féroces ou prédateurs ; les restes des animaux familiers
comme les chats à l'exclusion des restes de chien et de cochon
;
- l'eau qui reste comme excédent de ce qui
a servi à la purification d'une menstruante ou d'une personne
en état d'impureté majeure (djanâba).
II- Les éléments
ou substances nuisibles à la qualité de l'eau
Nuit à la
qualité de l'eau, ce qui évidemment l'a modifiée :
- Pour l'eau stagnante, du fait des excréments
des animaux (ou des humains). Il est à préciser que si
un animal terrestre, doué de sang pouvant s'écouler d'une
blessure, meurt, après être tombé dans de l'eau stagnate
et que celle-ci ne soit pas altérée, on recommande d'enlever
de l'eau, proportionnellement à sa qualité préexistante
et aux dimensions de la bête. Cette règle ne s'applique
pas cependant lorsque la bête était tombée morte
dans l'eau stagnante.
- Pour l'eau de puits, par des feuilles d'arbres ou de
la paille à l'exception des puits du désert pour lesquels
on tolère ces deux formes d'altération selon Ibn Rouchd.
Il est à préciser que si l'altération de l'eau impure
a cessé d'elle-même, et non par adjonction de beaucoup d'eau
dans le sens absolu, l'eau est considérée comme pure selon
l'opinion la plus juste même si certains auteurs défendent
le contraire.
III- L'eau
dont l'usage est blâmé
On blâme
l'usage de l'eau dans certaines situations en raison de son utilisation préalable
pour divers motifs. Il en est ainsi dans les sept cas suivants :
- L'utilisation de l'eau qui a servi à purifier de l'impureté pour
un autre cas que cette purification. Par exemple, on blâme l'utilisation
d'une eau utilisée d'abord pour un bain rituel suite à une
impureté majeure pour accomplir ensuite un bain rituel en vue
d'entrer en état de sacralisation pour le pélerinage (ihram).
- L'utilisation de l'eau stagnante pour accomplir le bain rituel.
- L'utilisation de l'eau qui reste de ce qu'a bu un buveur de vin, ou
bien l'eau dans laquelle il a trempé sa main .
- L'utilisation de l'eau dont a bu une bête qui ne se garde pas
de manger des impuretés sauf s'il est difficile de protéger
l'eau en question contre ces bêtes.
- L'utilisation d'une petite quantité d'eau (le contenu d'un vase
par exemple) pour accomplir l'ablution ou le bain rituel, si cette eau
a été polluée par une substance impure dont la quantité n'a
pourtant pas modifié l'eau.
- L'usage de l'eau chauffée au soleil.
- L'eau dans laquelle un chien a lappé.
Extraits traduits des enseignements en arabe et en wolof, sur l'islam et la tariqa tidjaniya, du guide spirituel Serigne El Hadj Madior CISSE, responsable de la dahira Moutahabina Fillahi et disciple de Khalifa Ababacar SY (RTA). |